Lithographie : Qu’est ce que c’est exactement ?

la lithographie est une technique d’impression qui consiste à créer ou reproduire en un nombre d’exemplaires défini un tracé exécuté à l’encre ou au crayon sur une pierre calcaire. Cette technique repose sur le principe de répulsion entre l’eau et les matières grasses.

Le mot lithographie désigne la technique et l’œuvre produite par ce procédé. Cette technique a une place importante dans l’œuvre de Claude Weisbuch.

Weisbuch Lithographie le cavalier
Comme toujours Weisbuch joue sur la couleur avec parcimonie. Le trait reste un élément clef.

La lithographie ne doit pas être confondue avec la lithogravure, qui consiste à graver des plaques de pierre. Cette technique est relativement peu utilisée pour produire des estampes. C’est essentiellement un procédé qui permet de réaliser des composants électroniques.

Comparativement aux techniques de gravure, le succès de la lithographie tient à sa facilité d’exécution. En effet, l’artiste peut dessiner sur la pierre comme il a l’habitude de le faire sur du papier. Il existe essentiellement deux contraintes techniques : dessiner en inversant la droite et la gauche ainsi que la pose des couleurs.

La pierre lithographique

Le support d’excellence de la lithographie est la pierre calcaire à grain très fin. Ce grain doit être parfaitement homogène et ne présenter aucun défaut. En effet, une imperfection peut fragiliser la pierre et favoriser l’apparition de fissures, la rendant impropre à l’impression. Les carrières fournissant des pierres d’une qualité suffisante pour la lithographie sont rares : on emploie en général des pierres de Bavière de Solnhofen, de Rhénanie, de Saxe, de France (Dauphiné) et de Suisse.

Encrage d'une lithographie
Une pierre lithographique en cours d’encrage. Musée de l’imprimerie de Nantes

Les matrices lithographiques présentent généralement une épaisseur de 7 à 10 centimètres. Les deux faces doivent être parfaitement parallèles.

La surface est poncée, grainée ou polie à l’aide d’abrasifs, de savon et d’eau. Une pierre lisse permet d’obtenir des traits et des aplats profonds ; une pierre grainée permet une impression en demi-teintes.

Bien traitée, une pierre lithographique peut se conserver longtemps et être retirée à plusieurs reprises. En effet en raison de leur coût, il est fréquent d’effacer par polissage la composition et de réemployer la pierre. Il est indispensable que la surface soit préservée de toute trace de gras.

Dessin

Le tracé est exécuté directement sur la pierre au crayon ou à l’encre lithographique, posée à la plume ou au pinceau. L’emploi d’encre lithographique permet d’obtenir des effets de lavis. On peut gratter certaines parties du dessin pour faire apparaître des blancs profonds (Daumier a beaucoup employé cette technique).

On peut aussi procéder à un report d’un dessin par un calque ou un « papier report ».

L’artiste ou l’artisan doit s’assurer de ne pas poser sa main sur la surface de la pierre, afin de ne pas y déposer de gras, qui apparaîtrait au moment du tirage.

Tirage

Afin d’être apte à l’impression, la composition doit être fixée dans la pierre. Pour ce faire, elle est talquée puis recouverte d’un mélange d’acide et de gomme.

Lithographie en phase finale d'impression
Cette œuvre a nécessité un passage pour chaque couleur.

Une fois le tracé exécuté, la pierre est humidifiée pour l’impression ; étant poreuse, la pierre calcaire retient l’eau. L’encre grasse est alors déposée au moyen d’un rouleau en caoutchouc. L’encre reste sur la pierre aux endroits imprégnés du gras du dessin tandis qu’elle est repoussée par l’humidité partout ailleurs (l’encre grasse est hydrophobe). Lorsque la pierre est assez encrée, on la pose sur le papier et on passe sous presse.

Pour imprimer en couleurs, il faut recommencer l’impression de la même feuille, sur une pierre différente. En effet sur chaque pierre le motif est dessiné en tenant compte de sa couleur, et des superpositions qui donneront des teintes mixtes. La difficulté est de repérer le positionnement de la feuille sur les pierres successives. En effet, la feuille humectée tend à subir des variations dimensionnelles. On commence ordinairement par les teintes les plus claires, pour terminer par la plus sombre, généralement le noir.

Selon d’autres techniques, une seule pierre est utilisée, en re-préparant la pierre et en y redessinant chaque nouvelle couleur, en se basant sur l’« image fantôme » du premier dessin qui subsiste sur la pierre. Dans ce cas, on ne peut pas refaire un nouveau tirage, la pierre ayant été modifiée pour chaque couleur successive.

Évaluation du tirage

La valeur d’une lithographie dépend du nombre d’exemplaires tirés, de la cote de l’artiste et de l’implication de l’artiste lors du tirage. Selon les cas, les lithographies sont réalisées directement par l’artiste ou peuvent être l’interprétation par un lithographe d’une œuvre préexistante.

numerotation chiffres romains épreuve d'artiste
Ici il s agit dune épreuve d artiste, la numérotation est en chiffres romains.

Le premier exemplaire validé par l’artiste à la sortie de la presse est annoté « BAT » (pour « bon à tirer »).  Avant d’être numéroté et signé par l’artiste, chaque exemplaire est comparé au BAT. Quelques exemplaires sont annotés « EA » (« épreuve d’artiste ») et « HC » (« hors-commerce ») Ces exemplaires sont réservés à l’artiste et à l’imprimeur. Par conséquent, il est nécessaire d’informer les acheteurs, en inscrivant sur chaque tirage, avec la signature de l’artiste, le numéro de l’exemplaire et le tirage total, ce qui s’appelle la « justification du tirage ».

Pour les tirages limités, une fois que le nombre d’exemplaires est obtenu, les pierres sont traitées et polies. Le dessin ayant totalement disparu, cela garantit la régularité du tirage officiel. Les pierres peuvent resservir indéfiniment dès lors qu’elles sont polies et traitées convenablement.

Lithographie : Historique

L’invention de la lithographie serait due à un concours de circonstances. En 1796, Aloys Senefelder ne trouve pas d’éditeur pour ses partitions et décide de les graver lui-même. En raison du prix du cuivre, il se rabat sur une pierre, tendre et lisse. Il découvre que l’action d’un acide sur la pierre, crée une forme en très faible relief, exploitable pour l’impression. Il découvrira plus tard le principe actuel de la lithographie, basé sur la répulsion de l’eau par les matières grasses.

Son procédé, est alors utilisé essentiellement pour imprimer des partitions de musique, habituellement gravées en taille-douce. Cependant, la technique de Senefelder est beaucoup plus économique.

La lithographie commela gravure nécessite une presse
Une presse lithographique du 19éme siècle. Musée de l’imprimerie.

La lithographie devient populaire au début du 19ᵉ siècle avec la publication de recueils illustrant des récits de voyages correspondant à l’« invention » du tourisme. l’imprimerie lithographique de Godefroy Engelmann prendra, un ascendant marqué, avec notamment la diffusion des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France. En 1839, l’impression lithographique en couleurs se popularise.

Évolution des techniques

Fin du 19ᵉ et au début du 20ᵉ siècle, la publicité a recours au procédé. On produit des images à collectionner, des calendriers ou toutes sortes de chromos. Par ailleurs, des artistes comme Toulouse-Lautrec, Géricault ou Bonington, ont laissé une production abondante.
Au milieu du même siècle, les gravures sur bois de l’imagerie d’Épinal cèdent la place aux lithographies.

Au cours du 20ᵉ siècle, la lithographie restera employée, comme support publicitaire, pour, notamment, la réalisation d’affiches. Les plus cotées sont celles qui sont créées par les artistes eux-mêmes comme Miró, Picasso, Rebeyrolles, Toulouse Lautrec.

Bien que le mot « lithographie » désigne une technique basée sur la pierre, ce support a pu être assez vite remplacé par des plaques métalliques sans modifier radicalement la technique. Une application récente, appelée kitchen litho, utilise même de l’aluminium ménager et des produits courants, non toxiques, dans des buts pédagogiques.

2 réactions sur “ Lithographie ”

  1. Véronique Jeanne Demarbre Réponse

    Je débute en gravure et je trouve que votre site et la façon dont vous présentez les techniques de gravure et l’’œuvre de Weisbuch est didactique, claire et précise. Très intéressant! Bravo!

    • Marc Saint-Martin Auteur ArticleRéponse

      Bonjour,
      Je vous remercie pour votre compliment et vous souhaite de grandes joies dans les nombreuses techniques de gravure,
      Bien cordialement.

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